Le Centre de Compétences Digitalt Handwierk

La réponse du secteur de l’artisanat à la digitalisation et au management des compétences.

A côté des défis engendrés par un manque de compétences et de main d’œuvre, de construction durable et d’efficience énergétique, le secteur artisanal de la construction est confronté depuis peu par un nouveau défi majeur : la transformation digitale.

L’avènement de l’Internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) est en train de bouleverser de façon fondamentale le secteur de l’artisanat par leurs nouvelles possibilités de connectivité et d’intégration.

En effet, la révolution digitale et numérique correspond aujourd’hui à un défi qui n’est maîtrisé que par peu d’entreprises, mais qui doit urgemment être transformé en une opportunité stratégique pour tous les artisans, dont le métier est au cœur des nouvelles façons d’entreprendre, de concevoir et d’agir. Il est donc extrêmement important pour les dirigeants des entreprises d’agir comme des acteurs de cette transformation digitale, en devenant « connecté », « interactif » et « réactif », notamment par rapport aux besoins et souhaits de leurs clients.

A cause d’une offre extrêmement transparente sur les marchés, l’essor du digital devrait conduire les artisans à réfléchir sur leurs modalités de fonctionnement et à faire évoluer leur positionnement sur le marché, pour s’y adapter. La digitalisation des métiers artisanaux devrait alors se transformer en une véritable stratégie de développement d’entreprise pour améliorer les processus, étendre la qualité et la quantité de la gamme de produits offerts, améliorer leurs activités commerciales, élargir le carnet de commande et donner une meilleure visibilité de leur savoir-faire.

Ainsi, la digitalisation est en train de devenir l’instrument de prédilection pour répondre aux enjeux des entreprises de l’artisanat : créer de nouveaux services et produits, emprunter de nouvelles voies de production, répondre efficacement et rapidement à la demande, améliorer ses produits et services et disposer de la capacité d’interagir avec ses clients de manière instantanée et efficiente. Seulement, force est de constater que les entreprises artisanales dans leur majorité sont loin d’être en mesure de répondre de façon professionnelle aux défis de la digitalisation, et c’est ainsi que le présent projet se propose d’entamer une démarche nouvelle et innovante afin de soutenir les entreprises artisanales dans leurs démarches par des mesures de soutien, de conseil et de formation adéquates.

Un récent état des lieux au sujet de la digitalisation des entreprises artisanales luxembourgeoises a montré que la plupart des entreprises ont déjà entamé un ou plusieurs processus de digitalisation – à côté de l’utilisation intense d’ordinateurs, d’internet et de logiciels – est très largement répandue au niveau de la gestion, de la production, des processus ou encore de la communication.

Mais la question reste : Comment concevoir et gérer les processus commerciaux et de production à l’ère du digital ? Quels canaux choisir pour communiquer efficacement avec les clients et salariés ? Comment optimiser la chaine de valeur en utilisant quelles nouvelles technologies ?

Le défi pour l’entrepreneur ne réside pas primordialement dans le choix d’applications et d’instruments informatiques ou digitaux. Le réel défi pour les entreprises est de définir et d’implémenter une stratégie d’entreprise générale, de laquelle découle une stratégie de digitalisation qui concerne l’ensemble des activités de l’entreprise, qui génère une plus-value tangible et qui contribue à pérenniser l’entreprise dans ce nouvel environnement.

Cet exercice stratégique demande avant tout de la part des dirigeants d’entreprise des efforts d’analyse, des efforts en termes de développement organisationnel et de management, voire finalement aussi des efforts financiers.

Tous les experts s’accordent à dire que la transition digitale au niveau sociétal et économique s’accélérera de manière significative dans un futur relativement proche. Ce constat partagé suggère une certaine notion d’urgence de sensibiliser les entreprises au sujet de la digitalisation, de les motiver à réfléchir sur leurs stratégies digitales et de les aider à les implémenter de manière efficiente.

Ce travail devra être réalisé dans un contexte difficile. D’un côté, la bonne conjoncture fait que la plupart des entreprises travaillent au bord de leur capacité et ont du mal à libérer des ressources pour définir et piloter leurs projets de transition. D’un autre côté, 80 pourcent des chefs d’entreprises ont plus de 40 ans et ne font donc pas partie de la génération des digital natives qui ont un accès intuitif à tout ce qui touche au digital.

Afin d’aborder ce défi de la digitalisation de manière structuré, la Fédération des Artisans, conjointement avec les Centres de Compétences Génie Technique du Bâtiment et Parachèvement, se proposent  de créer le « Centre de Compétences Digitalt Handwierk » qui, en collaboration avec l’entièreté du secteur artisanal, a pour ambition de mettre en place un cadre méthodologique et conceptuel approprié et d’agir en tant qu’instance de dynamisation pour faciliter, accélérer et accompagner la mise en place de la transition digitale des entreprises artisanales. Pour ce faire, les acteurs concernés peuvent comptabiliser sur leur expérience acquise lors de la mise en place des deux premiers Centres de Compétences de l’Artisanat.

Sa vocation consiste à :

  • contribuer activement à l’élaboration et la mise en place d’un nouveau modèle économique et organisationnel des entreprises artisanales ;
  • créer un instrument élaboré de soutien et de support aux entreprises artisanales afin qu’elles puissent confronter les défis de la digitalisation et maintenir leur compétitivité ;
  • créer une institution de support et de conseil à l’attention des entreprises artisanales visant le développement des stratégies et des processus des entreprises en vue de la maîtrise de la transformation digitale.

Le Centre de Compétences Digitalt Handwierk souhaite fonctionner comme un filtre intelligent entre les défis et les bénéfices de la transformation digitale et comme un accompagnateur compétent et proche des entreprises artisanales en se basant largement sur le capital-confiance acquis au fil des trois dernières années auprès des chefs d’entreprise et des décideurs politiques à travers les Centres de Compétences de l’Artisanat déjà existants.

Le Centre de Compétences Digitalt Handwierk agira aussi comme le garant d’une intégration d’effets synergétiques entre les entreprises et les fédérations artisanales. La mutualisation des efforts au sein d’un seul centre transversal garantira non seulement un niveau de compétence élevé grâce à une pratique journalière multi-secteur, mais développera également une économie d’échelle considérable.

La transformation digitale ne se résume pas à la seule numérisation de l’entreprise, mais sa vocation consiste à faire évoluer tant le fonctionnement que l’activité de celle-ci — dans un monde digital et connecté — autour de trois axes fondamentaux :

  • revoir et adapter le business model ;
  • ajuster l’expérience-client ;
  • repenser l’organisation ;
  • prévoir une approche de gestion stratégique du changement par une vision claire et une approche stratégique globale et méthodologique ;
  • réussir la transformation digitale en changeant l’état d’esprit de l’entreprise.

En conclusion de ce qui précède, le chantier de la transformation des entreprises du tissus luxembourgeois des PME est avant tout une problématique d’organisation et de fonctionnement ainsi que de transfert de compétences et de connaissances au sein de celles-ci avant d’être un projet de digitalisation.

Il s’agit donc – pour y remédier – de développer et de transformer d’un côté l’entreprise elle-même par l’introduction d’une approche stratégique et de l’autre l’ensemble de ses collaborateurs, leurs attitudes, connaissances et compétences, leurs façons de concevoir et d’appréhender leur travail, leurs procédés, leurs modes de structuration, d’organisation et de fonctionnement, avant de se lancer dans l’aventure digitale.

Ce Centre de Compétences Digitalt Handwierk assurera donc d’un côté la formation professionnelle continue de tous les acteurs (entrepreneurs, cadres, employés, partis prenants, consultants) de la dynamique de la transformation digitale, et il mettra à disposition des PME une méthodologie structurée et accessible ainsi qu’une boîte à outils adaptée.

La vision du Centre de Compétences Digitalt Handwierk est donc de :

  • contribuer activement à l’élaboration d’un nouveau modèle économique et organisationnel des entreprises ;
  • créer un instrument élaboré de soutien et de support aux entreprises artisanales afin qu’elles puissent confronter les défis de la digitalisation dans une perspective de réflexivité, d’efficience et de rationalité ;
  • développer une institution de support et de conseil professionnelle à l’attention des entreprises artisanales.

Finalement, il est proposé de positionner le Centre de Compétences Digitalt Handwierk dans le contexte du Pacte PRO Artisanat lancé par le Ministère de l’Economie, notamment dans son 4e volet qui concerne la digitalisation dans les entreprises artisanales dans le cadre du programme « Artisanat 4.0 » ainsi que dans le cadre du nouveau projet « Digital Skills Bridge », lancé par le Ministère du Travail.

Marc ANT